
La Libye et la Turquie signent un accord sur leurs frontières maritimes
Ce qui s'est passé
La Libye et la Turquie ont signé un accord de délimitation de leurs frontières maritimes. Le Parlement de l'Est libyen, contrôlé par le maréchal Haftar, a ratifié ce texte le mardi 20 octobre 2026. L'accord organise le partage des eaux de la région entre les deux pays. Il marque un renversement complet des relations entre la Libye orientale et la Turquie, longtemps opposées durant la guerre civile libyenne. Ce texte relance les rivalités en Méditerranée orientale car il ne tient pas compte des revendications maritimes de la Grèce et de l'Égypte.
Les enjeux
Cet accord prolonge celui signé en 2019 entre la Turquie et le Gouvernement d'union nationale de Tripoli, que la Grèce et Chypre avaient jugé illégal car il traversait des eaux grecques revendiquées autour de la Crète. Le ralliement du camp de Haftar, jusqu'ici proche de l'Égypte et hostile à Ankara, change la donne en offrant à la Turquie un partenaire sur l'ensemble du territoire libyen. Pour la Turquie d'Erdoğan, cet accord consolide sa stratégie de la « Patrie bleue » (Mavi Vatan), qui vise à maximiser ses zones économiques exclusives en Méditerranée orientale face à la Grèce, Chypre et l'Égypte, notamment pour sécuriser l'accès aux gisements gaziers offshore découverts dans la région. Cet accord reste cependant contesté par le droit international de la mer tel qu'interprété par Athènes et Le Caire, qui n'y sont pas parties et pourraient saisir des instances internationales ; sa portée dépendra aussi de la stabilité politique interne libyenne, où les autorités de l'Est et de l'Ouest restent rivales.
Auteurs à mobiliser
Ahmet Davutoğlu - Stratejik Derinlik (Profondeur stratégique) (2001)
Ahmet Davutoğlu soutient que la Turquie, par sa position géographique au carrefour de plusieurs espaces hérités de l'Empire ottoman, dispose d'une « profondeur stratégique » qui lui donne vocation à redevenir une puissance régionale active, y compris par la projection de sa souveraineté maritime au-delà de ses côtes. Sa thèse éclaire la logique de l'accord avec la Libye orientale, qui permet à Ankara d'étendre son influence maritime en Méditerranée face aux puissances riveraines rivales. La Turquie mobilise sa profondeur stratégique pour étendre sa souveraineté maritime. Utile pour une dissertation sur la Méditerranée orientale ou la puissance turque au Proche et Moyen-Orient.
Lien avec le programme
Module : III - Géodynamique de l’Union européenne, de l’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient
Chapitre : III.2 - Le continent africain, le Proche et le Moyen-Orient