Dette publique française : la Banque de France alerte sur le risque de « taux d'intérêt étranglants »
Ce qui s'est passé
Dans un entretien au Financial Times publié le 5 octobre, Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, met en garde contre le risque que la France soit « étranglée par les taux d'intérêt » si elle ne rétablit pas rapidement la confiance des marchés. Vendredi, le taux d'emprunt français à dix ans a frôlé les 5 %, un niveau qui renchérit considérablement le coût du service de la dette. Selon lui, l'adoption rapide du budget pour 2027 suffirait à rassurer les investisseurs, sans qu'une intervention de la Banque centrale européenne soit nécessaire. Cette déclaration intervient alors que le débat budgétaire s'enlise à l'Assemblée nationale et que l'instabilité politique alimente la défiance des marchés obligataires.
Les enjeux
La hausse des taux d'intérêt renchérit le coût du service de la dette, réduisant les marges de manœuvre budgétaires pour les politiques publiques futures. L'absence de majorité stable à l'Assemblée nationale nourrit l'incertitude politique, un facteur que les marchés obligataires sanctionnent directement. Le refus de la Banque de France d'envisager une intervention de la BCE renvoie la responsabilité de la crédibilité budgétaire aux seuls pouvoirs publics français. Ce débat illustre la contrainte croissante que la soutenabilité de la dette fait peser sur la souveraineté budgétaire des États de la zone euro.
Auteurs à mobiliser
Olivier Blanchard — Public Debt and Low Interest Rates (2019)
La soutenabilité de la dette publique dépend avant tout de l'écart entre le taux d'intérêt réel et le taux de croissance de l'économie (r<g). Blanchard montre que lorsque les taux d'intérêt dépassent durablement la croissance, le poids de la dette s'auto-alimente, exactement le risque dénoncé par le gouverneur de la Banque de France avec un taux à 10 ans proche de 5 %. Critère r<g pour juger la soutenabilité d'une dette publique. Mobilisable en dissertation sur la dette publique, la politique budgétaire ou les limites de l'action de l'État en union monétaire.
Lien avec le programme
Module : 4 — Déséquilibres, régulation et action publique
Chapitre : 4.1 — Équilibres et déséquilibres macroéconomiques